Une mairie de 12 000 habitants, 400 k€ de web en dix ans
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Une mairie de 12 000 habitants, 400 k€ de web en dix ans

LeCollectif
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On est mercredi et il est 14h. Le dirigeant d’une ESN de 8 personnes à Lyon ouvre le BOAMP pour la première fois depuis six mois. Le BOAMP, c’est le Bulletin officiel des annonces des marchés publics, le journal où les acheteurs publics français doivent publier leurs avis de mise en concurrence au-dessus d’un certain montant. Il y trouve 437 avis publiés ce matin. Il filtre sur « développement web » et il en reste 89. Il en ouvre trois, qui concernent la Caisse des Dépôts, un hôpital à Brest et une métropole en PACA. Aucun ne correspond à ce que son équipe sait faire, et il referme l’onglet.

Le soir au codir, il résume sa matinée en une phrase : « le B2G, c’est trop bruyant pour nous ». Il a raison sur le bruit, mais il s’est trompé de source.

Le malentendu B2G qui coûte 400 k€ sur dix ans

Une commune de 12 000 habitants en Auvergne-Rhône-Alpes dépense entre 30 et 50 k€ HT par an en prestations web et applicatives. Sur dix ans, cela représente environ 400 k€ qui partent chez le même prestataire, en général l’ESN locale qui a décroché le marché initial puis l’a renouvelé sans être vraiment remise en concurrence. Les autres prestataires de la région n’ont jamais identifié cet acheteur.

Le BOAMP ne résout pas ce problème, parce qu’il ne raconte que le présent. Il publie plusieurs centaines d’avis par jour, tous en amont de l’attribution, et le tri par code CPV y reste artisanal. Ce code est le vocabulaire européen qui classe l’objet des marchés, avec par exemple 72200000 pour la programmation et 72413000 pour la conception de sites web. Surtout, le BOAMP vous dit qui cherche un prestataire aujourd’hui, jamais qui a acheté quoi, à qui et à quel prix ces cinq dernières années.

Les plateformes spécialisées ne comblent pas ce trou. Marchés Online ouvre gratuitement les avis en cours, puis facture sa Veille Intégrale 45 € HT par mois pour un à cinq départements, quand Vecteur Plus et Klekoon travaillent sur devis. Ces outils vous alertent vite, mais aucun ne répond à la question qui se pose avant l’appel d’offres : chez quels acheteurs faut-il aller se faire connaître avant qu’ils ne relancent leur marché ?

Cette réponse est publique depuis 2018, et très peu de PME la consultent.

Ce que sont exactement les DECP

Les DECP, pour Données Essentielles de la Commande Publique, forment le fichier dans lequel chaque acheteur public français déclare les marchés qu’il a réellement attribués. L’article R. 2196-1 du Code de la commande publique lui impose de publier ces données pour tout marché d’au moins 40 000 € HT, dans les deux mois suivant la notification. Entre 25 000 et 40 000 € HT, il peut au choix publier les données essentielles ou publier une fois par an la liste des marchés concernés, ce qui rend cette tranche moins fiable.

Le contenu est standardisé : nom et SIRET de l’acheteur, SIRET du titulaire, objet, code CPV, montant, durée, date de notification et lieu d’exécution. Depuis le 1er janvier 2024, l’ensemble remonte de façon centralisée sur data.gouv.fr, alors que chaque acheteur publiait auparavant sur son propre profil.

Les seuils 2026-2027 cadrent le terrain de jeu. Depuis le 1er avril 2026, un acheteur commande sans publicité jusqu’à 60 000 € HT en fournitures et services, contre 40 000 € auparavant. Au-delà, il passe en procédure adaptée jusqu’à 216 000 € HT pour une collectivité, puis en procédure formalisée européenne. C’est cette tranche de 60 000 à 216 000 € qui intéresse une PME, parce que le ticket n’y est pas symbolique et que la concurrence y reste locale.

Ce qui a changé en mai 2026, c’est la façon de lire ce fichier. Le serveur MCP officiel data.gouv.fr, publié le 18 mai, branche Claude sur les jeux de données publics français, dont les DECP, sans clé API. L’installation prend cinq minutes et le tutoriel se trouve ici.

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Quatre requêtes, une heure, une liste de prospects

La première requête identifie le bon jeu de données.

Cherche le dataset des Données Essentielles de la Commande Publique sur data.gouv.fr et liste les ressources téléchargeables pour les marchés notifiés en 2024 et 2025.

La deuxième filtre sur votre terrain réel.

Récupère les marchés supérieurs à 50 000 € HT attribués en 2024-2025 par des collectivités d’Auvergne-Rhône-Alpes pour des prestations « développement web » ou « site internet » (codes CPV 72200000 et 72413000). Renvoie acheteur, titulaire, objet, montant, date.

Sur cette région, sur deux ans et sur le développement web, on obtient entre 80 et 200 lignes.

La troisième transforme ces lignes en carte.

Cartographie cette liste : top 20 acheteurs par volume cumulé, top 20 titulaires actuels, montant médian par typologie d’acheteur (mairie, communauté de communes, département, région, métropole).

Vous n’avez plus une liste mais une grille de lecture, qui montre qui réachète régulièrement, quels prestataires raflent les renouvellements et à quel prix le marché se traite.

La quatrième prépare la prospection.

Pour chaque acheteur du top 20, donne le nombre de marchés sur la période, le titulaire le plus fréquent, le montant médian et la prochaine échéance estimée si une durée est renseignée. Trie par échéance la plus proche.

Vous obtenez une liste nominative, triée par fenêtre de tir, avec pour chaque cible le concurrent en place à devancer.

45 k€ HT remportés pour 0 € d’outillage

L’ESN de notre mercredi après-midi refait des sites institutionnels et a installé une routine DECP hebdomadaire, une heure le mardi matin. Sur deux trimestres, cette routine a fait émerger 12 acheteurs publics récurrents en Auvergne-Rhône-Alpes, dont 8 mairies de 5 à 20 000 habitants, 2 conseils départementaux, une sous-direction numérique régionale et une DSI de métropole. Tous avaient notifié au moins deux marchés dans les codes CPV ciblés.

L’équipe a engagé 3 démarches sur ces 12 cibles, par un mail nominatif au directeur général des services identifié via l’Annuaire de l’Administration, avec un angle simple : « nous avons vu votre dernier marché de refonte web à 38 k€ HT en mars 2025, voici ce que nous aurions proposé ». Un rendez-vous qualifié est tombé en sept semaines, et un marché a été remporté à 45 000 € HT en neuf mois, pour la refonte du site d’une mairie de 12 000 habitants.

Le coût d’outillage est resté nul, là où couvrir les 12 départements de la région avec la Veille Intégrale reviendrait à environ 115 € HT par mois. Surtout, aucune alerte n’aurait fait remonter ce marché, publié uniquement sur le profil acheteur de la commune. Ce que les DECP ont apporté ici, ce n’est pas une alerte, c’est une raison d’appeler avant l’alerte.

Lire les DECP sans se faire avoir

Trois limites méritent d’être connues avant de bâtir une routine dessus.

La qualité de publication varie beaucoup d’un acheteur à l’autre. Certaines mairies publient avec deux à trois mois de retard, et les codes CPV sont régulièrement mal renseignés. Élargir la requête aux CPV racines comme 72000000 et croiser avec des mots-clés dans l’objet du marché améliore nettement le rappel.

Les DECP ne couvrent que l’attribué, pas le futur. Pour les consultations en cours, le BOAMP reste indispensable en complément temps réel. La répartition des rôles est simple : les DECP servent à cartographier, le BOAMP sert à réagir.

Enfin, le SIRET du titulaire est parfois erroné. Pour qualifier sérieusement un concurrent en place, croiser avec SIRENE via le même serveur MCP prend environ trois minutes par SIRET.

Une stack B2G qui tient à 0 €

Quatre briques suffisent pour ouvrir le canal public sans budget d’outillage.

  • Les DECP cartographient les acheteurs récurrents et les titulaires en place.
  • Le BOAMP couvre les alertes en temps réel, gratuitement, par profil de recherche.
  • La base SIRENE qualifie le concurrent en place, son effectif et sa santé financière.
  • L’Annuaire de l’Administration donne les interlocuteurs nominatifs.

Cet article clôt une série de cinq consacrée au serveur MCP data.gouv.fr, après l’installation, SIRENE pour qualifier les prospects, DVF pour les prix immobiliers réels et BODACC pour anticiper les défaillances clients. Quatre jeux de données, quatre questions métier et aucun abonnement SaaS américain : la souveraineté numérique se joue aussi à ce niveau très concret.

Payer un abonnement se justifie quand la routine devient quotidienne, sur des dizaines de profils et plusieurs régions. Pour identifier ses dix premières cibles, il reste superflu.

Lundi matin, version B2G

Le dirigeant lyonnais rouvre Claude. Une heure de DECP, trois mails à des directeurs généraux des services de sa région, un rendez-vous calé en septembre. La prochaine refonte web à 40 k€ HT dans sa zone, il la verra le jour de l’avis, et non six mois plus tard dans une étude payante.

Cette routine se transforme sans difficulté en agent : export des SIRET cibles, requête DECP planifiée, qualification SIRENE des titulaires, brouillon de mail. C’est le type de processus que LeCollectif construit pour les ESN, les agences et les PME de services qui veulent ouvrir leur canal B2G sans payer un abonnement de veille ni recruter un commercial dédié. Parlons-en.

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