Slack à 4 500 €/an ou une commande shell : le calcul oublié
Vous ouvrez votre facture Slack annuelle. 4 500 € pour 30 personnes en formule Business+. À côté, le chiffre publié par 37signals : sur trois ans avec 500 utilisateurs, Slack coûte 270 000 $ pendant que Campfire installé sur un serveur Hetzner coûte 479 $. Soit 99,8 % de différence. Vous pensez à un cas particulier, ce n’en est pas un. C’est juste un calcul que personne ne faisait sérieusement il y a deux ans, parce que le self-hosting était un sport extrême réservé aux geeks. Ce qui a changé en 2025 et début 2026, c’est que ce sport extrême est devenu une commande shell.
Le calcul que vos concurrents commencent à faire
Slack Business+ coûte environ 13 €/utilisateur/mois en facturation annuelle. Pour une PME de 30 personnes, ça fait 4 680 € par an. Notion Business à 15 €/utilisateur/mois, c’est 5 400 € par an pour la même équipe. Ajoutez un outil de newsletter avec sa commission de 10 %, et le ticket SaaS dépasse 12 000 € annuels avant d’avoir parlé de CRM ou de stockage.
En face, un VPS Hetzner CX22 (4 vCPU, 8 Go RAM, 80 Go SSD) coûte 5,18 €/mois, environ 62 € par an. Sur ce VPS, Campfire, Writebook et un wiki interne tournent sans saturer la machine. Le delta brut sur trois ans dépasse 30 000 € pour une PME de 30 personnes. Cette ligne ne tenait pas dans un budget DSI il y a cinq ans, parce que le coût d’installation et de maintenance dévorait l’économie. Aujourd’hui, deux outils ont changé l’équation.
Le self-hosting de 2020 était un sport extrême. Plus en 2026.
Pour héberger un Slack-like en 2020, il fallait maîtriser Docker (et son écosystème mouvant, voir les ruptures introduites par Docker v29 sur l’écosystème self-hosted), configurer Nginx ou Traefik comme reverse proxy, gérer le renouvellement Let’s Encrypt, scripter les sauvegardes vers un bucket S3. Une PME qui voulait quitter Slack devait soit recruter un sysadmin, soit accepter qu’un week-end de bricolage devienne trois mois d’errements. La plupart ont renoncé. Le calcul économique était bon, le calcul humain ne l’était pas.
Deux ruptures changent l’échelle en 2025-2026. ONCE de 37signals, l’éditeur de Basecamp et le créateur de Ruby on Rails, réduit l’installation d’une suite d’outils business à une seule commande. selfh.st est un annuaire de plus de 1 500 applications self-hosted classées par activité réelle. L’un supprime le coût d’installation. L’autre supprime le coût de découverte. Ensemble, ils rendent le self-hosting légitime pour une équipe de 10 à 50 personnes sans sysadmin dédié.
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Recevoir le guide gratuitementONCE de 37signals : trois apps, une commande, licence MIT
ONCE est un binaire écrit à 99 % en Go. Sa promesse : transformer n’importe quelle machine Linux ou macOS en serveur d’applications web, avec un installer qui pose tout pour vous. La commande exacte est :
curl https://get.once.com | sh
L’installer télécharge le binaire ONCE, installe Docker si absent, configure Kamal Proxy (le routage HTTP zero-downtime développé par 37signals), démarre un service en arrière-plan et expose un dashboard TUI. Précision par rapport à ce qui circule dans certains résumés : ONCE utilise bien Docker en coulisses, c’est revendiqué par les équipes 37signals comme un choix d’architecture (« Docker is phenomenal for packaging this stuff up »). La nouveauté n’est pas l’absence de Docker, c’est l’absence de manipulation Docker pour l’utilisateur final.
Trois applications sont fournies :
- Campfire (v1.4.3) : chat de groupe avec @mentions, messages directs, salles, support mobile. Historiquement vendu 299 $ pour utilisateurs illimités, passé sous licence MIT le 21 août 2025. C’est l’événement majeur : un outil mature, utilisé en interne par 37signals depuis 2006, devient gratuit et modifiable.
- Writebook (v1.1.0) : publication d’ebooks et de documentation interne. Utile pour un manuel d’onboarding, une base de connaissance produit, un blog interne.
- Fizzy : outil de coordination d’équipe avec intégration d’agents. Plus proche d’un Trello/Basecamp light que d’une vraie alternative Notion. Pour un wiki d’équipe à la Notion, Outline reste la référence self-hosted.
ONCE accepte aussi n’importe quelle image Docker tierce, à condition qu’elle expose un endpoint /up et stocke ses données dans /storage. C’est contraignant mais ça garantit sauvegardes et redémarrages propres. Pour un catalogue plus large avec interface graphique, Coolify reste l’option à 10 €/mois ; ONCE est plus radical, plus opinionné, et plus simple à démarrer.
selfh.st : 1 500 apps triées par activité réelle
Le piège numéro un quand on cherche une alternative self-hosted à Notion ou Confluence n’est pas la disponibilité, il y a des centaines de projets, c’est de tomber sur un projet abandonné depuis deux ans, dont la dernière issue mentionne une faille non corrigée. Le nombre d’étoiles GitHub ne dit rien : un projet peut avoir 8 000 étoiles glanées en 2019 et zéro commit depuis 2023.
selfh.st/apps résout ce problème par un mécanisme simple : chaque entrée affiche la date du dernier commit avec un code couleur.
- Vert : dernier commit dans les 6 derniers mois : projet vivant
- Jaune ou orange : entre 6 mois et 1 an : vigilance
- Rouge : plus d’un an sans commit : probablement abandonné
L’annuaire indexe plus de 1 500 projets, filtrables par catégorie, langage et licence. Maintenu par Ethan Sholly (newsletter selfh.st), il est devenu la référence pour découvrir des alternatives self-hosted qui marchent encore. Pour une PME qui hésite, c’est aussi un outil de réassurance : voir 200 wikis self-hosted vivants change la perception du risque par rapport à « il y a peut-être trois projets, je n’en ai jamais entendu parler ». Pour le cadre de décision général entre cloud et auto-hébergement, notre comparatif auto-hébergement vs cloud couvre les enjeux RGPD ; selfh.st répond à la question opérationnelle qui suit.
Migrer une PME de 30 personnes en un week-end : la réalité
Scénario concret. Vendredi 17 h, vous décidez de tester une migration Slack vers Campfire pour 30 personnes.
Vendredi soir (1 h) : provisionner un VPS Hetzner CX22 à Falkenstein (RGPD-compatible), pointer un sous-domaine chat.votreboite.fr vers son IP, ouvrir une session SSH, lancer curl https://get.once.com | sh. ONCE installe Docker, configure Kamal Proxy. Vous installez Campfire depuis le dashboard.
Samedi matin (3 h) : créer les comptes des 30 collaborateurs, importer manuellement la liste des canaux Slack stratégiques (Campfire ne propose pas d’import Slack natif, vraie limite à connaître), copier-coller les messages épinglés. Configurer Tailscale pour limiter l’accès au VPS au réseau d’entreprise.
Samedi après-midi (2 h) : tester la sauvegarde. ONCE place toutes les données dans /storage, donc un script restic qui pousse /storage vers un bucket Backblaze B2 toutes les nuits suffit. Configurer un monitoring basique (Uptime Kuma sur le même VPS).
Lundi matin : annonce, accompagnement pendant 3 jours, ajustements. La courbe d’adoption est rapide parce que Campfire ressemble à Slack version épurée, les @mentions et DMs fonctionnent comme on s’y attend.
ROI positif dès le premier mois : 60 € de VPS contre 390 € de Slack. Coût caché à intégrer : le temps interne de migration et 2-3 heures par mois de maintenance ensuite. Pour une équipe sans compétence sysadmin, c’est exactement le profil de mission qu’un prestataire absorbe pour quelques centaines d’euros par an. À comparer avec la trajectoire inverse, la hausse de 33 % de Microsoft 365 qui pousse beaucoup de PME à reconsidérer leur stack, la logique de migration économique est la même.
Les trois questions à régler avant de basculer
ONCE et selfh.st rendent l’installation triviale. Ils ne rendent pas la responsabilité d’exploitation triviale. Trois sujets méritent une réponse explicite.
Sauvegardes . Un service self-hosted sans sauvegarde testée n’existe pas, il a juste un sursis. Pour ONCE : /storage contient tout (SQLite et fichiers), restic ou borgbackup vers un stockage objet externe (Backblaze B2 à 5 $/To/mois, ou un MinIO chez un autre hébergeur) avec rotation automatique. Test de restauration trimestriel obligatoire : une sauvegarde non testée est une sauvegarde supposée.
Réseau . Exposer Campfire ou un wiki interne sur l’internet public multiplie la surface d’attaque. Tailscale (gratuit jusqu’à 100 appareils) ou son équivalent open source Headscale créent un VPN mesh qui rend les outils invisibles depuis l’extérieur tout en restant accessibles aux collaborateurs. C’est l’investissement qui paie le plus vite : 90 % des scénarios de compromission opportuniste disparaissent.
Scaling . Les apps ONCE utilisent SQLite, parfait jusqu’à ~50 utilisateurs concurrents sur Campfire. Au-delà, prévoir un passage à PostgreSQL (Campfire en open source vous permet ce fork). Pour Writebook ou un wiki, SQLite tient bien plus longtemps. Anticiper ce seuil évite la mauvaise surprise à 80 utilisateurs.
À ces trois questions s’ajoute un sujet annexe : ce qu’on peut faire en plus une fois le serveur en place. Avec 8 Go de RAM, vous avez la marge pour héberger aussi un LLM local, voir notre guide pour déployer une IA auto-hébergée sur un VPS, et l’écosystème Mozilla Thunderbolt complète l’arsenal open source IA pour entreprise (notre analyse de cette pièce manquante du self-hosting IA).
Ce que change concrètement 2026
Le self-hosting de 2020 était un pari technique avec un retour sur investissement incertain. Le self-hosting de 2026 est un arbitrage économique chiffrable, avec un coût d’entrée mesurable en heures, pas en mois. ONCE rend l’installation des outils business aussi simple qu’un apt install. selfh.st rend la découverte d’outils fiables aussi simple que parcourir une étagère bien rangée. Campfire passé MIT en août 2025 a marqué un tournant symbolique : un outil mature, utilisé en interne par ses créateurs depuis vingt ans, devient gratuit et modifiable.
Pour une PME de 10 à 50 personnes qui regarde sa facture SaaS gonfler chaque trimestre, la question n’est plus « est-ce faisable ». Elle est « combien de temps avant qu’un concurrent fasse le calcul à votre place ». Et si vous voulez faire le calcul sans devenir sysadmin, c’est exactement le genre de mission où un prestataire externe accompagne le démarrage et laisse l’équipe interne reprendre la main une fois le système stable.
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