Visio remplace Teams : la souveraineté numérique en actes
Le 27 janvier 2026, le ministre délégué au numérique David Amiel a annoncé la généralisation de Visio, l’outil de visioconférence souverain de l’État, à l’ensemble des services publics d’ici 2027. Teams, Zoom et Google Meet seront techniquement bloqués sur le réseau interministériel. Après des années de discours sur la souveraineté numérique, l’administration passe aux actes.
Visio : ce que l’État déploie concrètement
Visio fait partie de LaSuite, la suite d’outils collaboratifs souverains développée par la DINUM (Direction interministérielle du numérique). Après un an d’expérimentation, l’outil compte 40 000 utilisateurs réguliers et le déploiement cible 200 000 agents au premier trimestre 2026.
Les premiers à basculer : le CNRS (34 000 agents et 120 000 chercheurs associés qui abandonnent leurs licences Zoom), l’Assurance Maladie, la Direction générale des finances publiques (DGFiP) et le ministère des Armées.
Sur le plan technique, Visio repose sur LiveKit, un framework de visioconférence open source sous licence MIT. L’infrastructure est hébergée chez Outscale, filiale de Dassault Systèmes, certifiée SecNumCloud par l’ANSSI. Le choix est pragmatique : plutôt que de développer un moteur vidéo from scratch, l’État s’appuie sur un socle open source éprouvé et concentre ses efforts sur la maîtrise de l’hébergement et la gouvernance des données.
Côté fonctionnalités, Visio supporte jusqu’à 150 participants par réunion, fonctionne dans le navigateur sans installation, propose l’enregistrement des sessions et intègre une transcription automatique par IA développée par Pyannote, une startup française spécialisée dans la séparation de locuteurs. Le sous-titrage en temps réel, porté par le laboratoire Kyutai, est annoncé pour l’été 2026.
Pourquoi cette annonce dépasse la simple visioconférence
Ce déploiement s’inscrit dans un contexte plus large. LaSuite réunit désormais plus de 500 000 agents publics autour d’outils souverains : Tchap pour la messagerie instantanée (600 000 utilisateurs, basé sur le protocole Matrix), Docs pour l’édition collaborative, Grist pour les tableurs. Visio n’est pas un projet isolé — c’est une brique d’un écosystème qui se structure.
L’économie n’est pas négligeable. Le gouvernement estime à 1 million d’euros par an les économies réalisées pour 100 000 utilisateurs qui abandonnent leurs licences propriétaires. À l’échelle des 5,5 millions d’agents publics, le calcul parle de lui-même.
Mais l’enjeu dépasse le budget. Quand l’Éducation nationale renouvelle un contrat Microsoft de 152 millions d’euros tout en recommandant le logiciel libre, le signal est contradictoire. Avec Visio, la DINUM montre qu’une autre voie est possible : baser ses outils sur de l’open source, héberger sur du souverain, et couper concrètement la dépendance aux fournisseurs américains.
Ce que cela signifie pour les PME
Si l’État, avec ses contraintes de taille, de legacy et de bureaucratie, arrive à migrer 200 000 agents vers une solution souveraine, une PME de 20 ou 50 personnes peut le faire aussi. L’argument du “c’est trop compliqué” ne tient plus.
Trois enseignements concrets à retenir.
Les alternatives open source sont matures. Visio utilise LiveKit, mais les PME ont accès à un éventail encore plus large. Jitsi Meet (jusqu’à 75 participants, auto-hébergeable sur un VPS à 10 euros par mois), Element (messagerie chiffrée basée sur Matrix, le même protocole que Tchap), Nextcloud Talk (visio intégrée au stockage cloud) et BigBlueButton (orienté formation et webinaires) sont toutes des solutions opérationnelles en 2026.
Le self-hosting n’est plus réservé aux experts. Des outils comme Coolify permettent de déployer ces solutions sur un VPS via une interface graphique, sans toucher à une ligne de commande. Un Jitsi self-hosted revient à moins de 10 euros par mois pour une PME de taille moyenne.
Le mouvement européen est structuré. Le déploiement de Visio n’est pas un cas isolé. Le projet EURO-3C mobilise 75 millions d’euros pour construire une infrastructure cloud fédérée européenne, avec OVHcloud et IONOS dans le consortium. Les briques souveraines — hébergement, visio, messagerie, stockage — se mettent en place à tous les niveaux.
Par où commencer votre transition
Vous n’avez pas besoin de tout migrer d’un coup. La DINUM elle-même procède par phases. Voici une approche progressive adaptée aux PME.
Mois 1 : la visioconférence. Testez Jitsi Meet (gratuit, aucune installation requise via meet.jit.si) pour vos réunions internes. Si le résultat convient, envisagez un déploiement self-hosted pour garder le contrôle total.
Mois 2-3 : la messagerie. Évaluez Element (basé sur Matrix) ou Rocket.Chat comme alternative à Slack ou Teams Chat. Ces outils proposent du chiffrement de bout en bout et un hébergement en France.
Mois 4-6 : le stockage et la collaboration. Nextcloud offre une alternative complète à Google Workspace ou OneDrive, avec édition collaborative intégrée et synchronisation de fichiers.
À chaque étape, mesurez. Comparez le coût de vos licences actuelles avec celui du self-hosting. Pour la plupart des PME de moins de 50 personnes, la bascule représente une économie de 30 à 60 % sur les outils collaboratifs.
Un virage qui ne fait que commencer
L’annonce de David Amiel ne laisse pas de place à l’ambiguïté : « La souveraineté numérique, c’est à la fois un impératif pour nos services publics, une opportunité pour nos entreprises et une assurance contre les menaces futures. » Le blocage technique de Teams et Zoom sur le réseau interministériel confirme que le discours se traduit en mesures concrètes.
Pour les PME, le message est clair. Les outils existent, les preuves de maturité s’accumulent et le coût de la dépendance aux solutions américaines — financier, juridique et stratégique — ne fait qu’augmenter. L’État a commencé sa migration. La question n’est plus de savoir s’il faut le faire, mais quand vous commencez.
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